Parmi les visiteurs  qui ouvrent la porte du centre pour proposer leur aide bénévolement, nous avons reçu aussi des étudiants qui profitent de l'été pour venir valider sur place un de leurs stages obligatoires afin de valider leur année d'études en cours

Aussi c'est avec grand plaisir que Michelle a reçu parmi d'autres, Juliette, étudiante mèdecine 3ème année, faculté de Lille

et voici son rapport :

Juliette ZIMMERMANN  FGSM3

Stage non-obligatoire d’introduction à la médecine solidaire, effectué en fin de FGSM2 du 20 juillet 2014 au 10 août 2014, au sein de l’orphelinat Zazakely basé à Anivorano, sur l’île de Sainte-Marie, MADAGASCAR.      Objectif du stage : apporter au stagiaire un enseignement pratique complémentaire à celui dispensé par la Faculté.

L’orphelinat   

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Créé en 2003 sur le site d’une ancienne menuiserie désaffectée, l’orphelinat est situé sur la partie nord-est de l’île Sainte-Marie, en pleine brousse, dans le village d’Anivorano.Il n’y a pas d’électricité, sauf par des groupes électrogènes (2h le soir) et l’eau potable est récupérée à une source proche.

L’orphelinat est financé par le biais de l’ONG malgache à but humanitaire Zazakely, ainsi que par l’association Zazakely Réunion (loi 1901), mais aussi par des dons privés.

Michelle Martres, présidente et fondatrice del’association Zazakely et de l’orphelinat, en assure lefonctionnement.Ce centre accueille environ 90 enfants orphelins de père ou de mère, ou des deux,mais aussi des enfants maltraités, ou bien ceux qui nécessitent des soins médicauxquotidiens particuliers. Âgés de quelques mois à 18 ans, les « zazas » (« enfants »en malgache) sont hébergés, nourris, scolarisés et suivis médicalement.Les plus jeunes vont à la maternelle qui a été construite sur le site et est ouverteégalement aux enfants de moins de 6 ans des villages alentour.L’école primaire se situe au village d’Anivorano, et les enfants y suivent les cours

tous les matins, avec un soutien scolaire à l’orphelinat l’après-midi (instituteurparticulier).Les plus anciens se rendent au collège dans la capitale de l’île, Ambodifotatra. Ilssont une dizaine et résident dans une maison louée pour ce faire dans la capitale,aux bons soins d’une équipe de nourrices et d’un éducateur.L’orphelinat comprend des dortoirs, des sanitaires, un lavoir, des cuisines, unréfectoire, une salle de classe ou de jeux (selon le moment de la journée) et undispensaire, mais également des tables et chambres d’hôte pour accueillir lesparrains et marraines des enfants et les visiteurs (ce qui améliore les revenus del’orphelinat).

L’encadrement des enfants est assuré par le personnel, composé de cuisinières,lingères, laveuses, menuisiers, maçons, veilleur de nuit, nourrices et éducateurs.

Le dispensaire : Infirmerie de l’orphelinat à ses débuts (en 2004), améliorée en dispensaire en 2010,puis centre médical reconnu du ministère de la santé publique malgache depuis le 18octobre 2013, avec dès lors un médecin de l’Etat détaché du centre hospitalier deSainte-Marie.Il compte 3 grandes salles en dur, dont une d’hospitalisation de jour (2 lits), une deconsultations avec une réserve de médicaments, et un cabinet dentaire (nonfonctionnel en l’absence d’un dentiste).

Il permet le suivi médical des enfants de l’orphelinat, mais aussi du personnel. Lesconsultations de personnes extérieures à l’orphelinat sont nombreuses, les habitantsdes villages avoisinants ayant besoin de soins médicaux souvent urgents maisn’ayant pas les moyens de se rendre à l’hôpital de la capitale Ambodifotatra, située àune trentaine de kilomètres.

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Déroulement d’une journée au dispensaire

Le matin, on commence par administrer le traitement quotidien aux enfants del’orphelinat qui ont déjà été vus par le médecin. Pendant ce temps, la salle d’attentes’est remplie et on peut commencer les consultations extérieures.

Chaque patient est muni d’un carnetqui nous permet d’avoir un suivi thérapeutique, parfois cependant très succinct. Après avoir vérifié l’identité de la personne et l’avoir inscrite dansle registre, le médecin nous laisse faire l’interrogatoire. Celui-ci n’est pas toujours facile, avant tout à cause de la barrière de la langue, mais également parce que les patients ont souvent beaucoup de maux.Capture6

 

Notre stage s’étant effectué pendant l’hiver à Madagascar, nous rencontrons beaucoup de « misatra » (toux, en malgache) chez les enfants.Nous prenons ensuite les paramètres : température, poids, tension artérielle. Le médecin nous permet de réfléchir à la thérapeutique, après l’auscultation.Il faudra alors soigneusement expliquer au patient comment prendre son traitement (matin, midi et/ou soir), et s’assurer de la bonne compréhension de celui-ci, la compliance thérapeutique étant essentielle.Ensuite vient la tarification : l’orphelinat dispense des médicaments, dont certains sont gratuits grâce aux donsgrâce aux dons.

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Une prise en charge m’ayant particulièrement intéressée est celle d’un patient arrivé d’un village voisin avec un panaris compliqué à la main gauche. L’état de son pouce s’était beaucoup aggravé en raison du délai entre la blessure initiale et le moment de la consultation, délai pendant lequel il se soignait par des méthodes traditionnelles (plantes médicinales).En raison de la chaleur, de l’humidité ambiante et du manque d’hygiène, les complications et surinfections de plaies simples au premier abord se rencontrent souvent à Madagascar.                                                                   Ce cas était intéressant car nous avons pu le suivre sur plusieurs jours ; notamment l’évolution de l’inflammation, et l’injection quotidienne d’antibiotiques en intramusculaire.

Le contact avec les patients, extrêmement respectueux du corps médical, fut globalement positif. Les villageois, ne parlant pas français pour la plupart, attendaient patiemment que le médecin nous traduise leurs dires, et étaient agréablement surpris de nos efforts même minimes pour leur répondre dans leur langue.

Avec les enfants ne résidant pas à l’orphelinat, c’était plus compliqué : à la peur de la blouse blanche s’ajoutait la peur du « vazaha » (terme malgache pour « étranger »).Quant à ceux de l’orphelinat, ils avaient depuis longtemps dépassé leurs craintes pour nous faire un interrogatoire et nous inviter à leurs nombreux jeux (ils étaients cependant moins sûrs d’eux quand on dispensait les médicaments ou changeaitleurs pansements).

Pathologies rencontrées

Panaris compliqué

Hypertension artérielle

Asthme

Bronchites aiguë et chronique

Angine

Otite

Orgelet

Complications post-natales

Mycoses vaginales

Infections à staphylocoque

Anxiété et insomnie

Tumeur maligne de la queue de cheval chez un nourrisson

Pieds-bots

Pathologie congénitale des têtes fémorales

Teigne

Dénutrition

Paludisme

Ulcère gastro-duodénal

Juliette ZIMMERMANN

FGSM3

Compétences acquises

Test TDR-Paludisme

Pose de pansements et soins des plaies infectieuses

Injections intra-musculaires et sous-cutanées

Auscultation pulmonaire, cardiaque, ophtalmique et otologique

Suivi des enfants de l’orphelinat

Interrogatoire et prise des paramètres

Respect des modalités administratives (registre de consultations externes)

Début de prise d’initiatives pour la thérapeutique

Approche de la classification pharmaceutique

Différences majeures par-rapport à la prise en charge en

France

Si nous voulions, malgré les écarts fondamentaux en matière de moyens financiers,

d’économie et de politique entre la France et Madagascar, faire une comparaison

des deux systèmes de santé, on noterait probablement en premier lieu la difficulté

d’accès aux soins pour la plupart des malgaches (par exemple, devoir marcher une

heure pour consulter un médecin quand on a une fracture au membre inférieur…).

D’ordinaire, la prise de conscience par le patient de la gravité de sa pathologie est

très tardive, ce qui en complique la prise en charge. L’observance thérapeutique est

souvent mauvaise, le patient ne comprenant pas toujours pourquoi ou comment

prendre son traitement, ou tout simplement n’en saisissant pas l’importance.

Les examens complémentaires sont trop coûteux ou trop éloignés du dispensaire

pour que les patients puissent en profiter à temps.

Pour pallier ces obstacles, le médecin généraliste accorde une importance majeure à

la prévention (par exemple, dans le doute, il préférera dispenser le traitement

antipaludéen bien que le test TDR ne soit pas très précis). En l’absence de matériel

et de méthodes pourtant considérées comme indispensables en France ( exemple :

analyse sanguine), le médecin fait avec les moyens du bord et effectue des tâches

très diverses. Il remplit le rôle de pharmacien comme celui d’infirmier, réalise la prise

en charge du patient de A à Z.

J’ai d’autre part pu noter la confiance aveugle des patients malgaches en leur

médecin, en ces temps de remise en question du rôle du médecin dans les sociétés

occidentales.

 

Pour conclure

Ces trois semaines de stage furent très enrichissantes, autant d’un point de vue médical qu’humain.

J’ai beaucoup apprécié les moments passés avec les enfants dans ce cadre idyllique qu’est l’orphelinat Zazakely.

L’accueil de tout le personnel et en particulier de la fondatrice, « marraine » Michelle, a été très chaleureux, et nous avons été rapidement inclues dans le système que constitue l’orphelinat, avec des rôles bien précis assignés à chacun. Rien de tel pour se sentir utile et efficace !

L’utilisation de technologies toujours plus pointues par notre société interroge, en rentrant de Madagascar où la plus simple prise de sang est parfois non réalisable, et ce « retour aux sources médicales » m’a permis d’appréhender les véritables enjeux d’une prise en charge, surtout en ce qui concerne la relation entre médecin et patient.

J’espère pouvoir revivre une telle expérience prochainement !

Juliette ZIMMERMANN

FGSM3

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 Pour info, sachez que le Dr encadrant ce stage a  bien apprécié aussi cette stagiaire efficace , ayant acquis rapidement les compétences nécessaires pour l' aide aux soins et la prise en charge des patients et l'a gratifié de ses félicitations sur son rapport de stage. 

MERCI JULIETTE !